Comment enseigne-t’on une pratique à la fois culturelle, physique et historique à l’heure du consentement ? Comment transmettre un patrimoine, l’adapter aux réalités sociales d’aujourd’hui et y faire refléter mes valeurs personnelles ? Nous prenons l’exemple des danses sociales.
Point de vue d’expert·e
Nous laissons la parole à Claire Favillier, alias Creactiviste. Danseuse assidue des bals folk, et plus largement des danses sociales (tango, blues dancing, forrò, lindy hop…), elle transmet depuis plusieurs années les danses traditionnelles, notamment de couples à Paris et en festivals.
Que sont les danses sociales ?
Les danses sociales sont des disciplines dont la finalité est une pratique autonome en bals ou en soirée de danse. En danses de couple (salsa, tango, lindy hop, rock’n roll, forrò…), il s’agit de réaliser des enchaînements libres et improvisés de mouvements ou de figures sur la musique, dans un espace collectif. Dans le cadre des danses traditionnelles (bal folk, fest-noz, céilí), on trouve des danses de couple, mais également des danses collectives : en rondes, en chaînes, en quadrettes (par groupes de quatre). Par exemple, cette vidéo.
Au-delà des pas, les transmetteur·rices de danse inculquent également les règles sociales inhérentes à leur pratique, ainsi qu’un cadre culturel.
Les danses sociales sont des pratiques vernaculaires de la culture populaire (vernaculaire : propre à un pays, à ses habitant·es). Elles sont issues d’un lieu, d’une communauté et d’un temps donné. Dans leur communauté d’origine, elles ont souvent été transmises oralement, hors de tout apprentissage formel. Elles existent bien souvent sous les radars des institutions (contrairement à la Danse avec un grand D – classique, contemporaine, modern jazz…).
Les personnes qui ne proviennent pas de la communauté d’origine viennent acquérir de la technique en stage ou en cours, le but final étant généralement d’aller pratiquer en soirée en autonomie, et en situation d’improvisation.
L’enseignement de ces danses est actuellement peu régulé. Il existe un diplôme d’Etat de professeur·e de danse, inscrit au répertoire national des certifications professionnelles, mais il n’est obligatoire que pour certaines pratiques : les danses classiques, contemporaines et jazz. Si la généralisation d’un diplôme d’Etat aux autres danses est régulièrement discutée, la mesure ne fait toutefois pas l’unanimité dans les danses sociales.
L’enseignement des danses sociales est donc souvent réalisé par des personnes non professionnelles, danseurs et danseuses de la communauté, bénévoles ou autoentrepreneur·es.
Ainsi, l’utilisation de mots spécifiques comme professeur·e ou enseignant·e pouvant porter à confusion sur leur qualification, dans les danses traditionnelles par exemple, je préfère parler de transmetteurs·trices.
Comme il n’existe pas de cadre global fixe pour cet enseignement, chaque transmetteur·trice va donc construire une pédagogie globale sur les notions qu’il souhaite transmettre ou non.
L’enseignement engagé des danses sociales
Dans la dynamique de l’apprentissage des danses ou d’une activité physique, la transmettrice que je suis a mis en place un cadre d’apprentissage toujours en évolution.
L’objectif est d’amener un groupe de personnes à réaliser des gestes et des chorégraphies en musique, lors d’une initiation, par exemple, tout en acquérant les codes de comportement spécifiques au groupe.
Grâce à ces conventions, les stagiaires peuvent plus facilement rejoindre l’espace de danse et se fondre dans la communauté des danseurs. Ces codes de la danse sont très variés, par exemple les règles d’invitation ou de sécurité du parquet.
Dans le cadre des danses du bal folk, le public est principalement composé d’adultes, et l’aspect intergénérationnel de la communauté fait que les élèves sont situés dans une fourchette large entre 15 et 80 ans, de toutes conditions sociales.
Dans les pratiques physiques et notamment la danse, la place du corps est centrale : d’une part, le respect du corps des personnes et de leurs limites pour éviter qu’elles ne se blessent, et d’autre part, la notion de consentement entre des corps qui se touchent, un sujet qui devient de plus en plus présent.
Au-delà du geste, je pense qu’il est important de transmettre un cadre éthique : une approche des rôles de danse sans attribution genrée, inclusive, où le consentement et le confort sont prioritaires sur la maîtrise du geste et où la dimension communautaire et collective tient une grande place.
Le travail du corps, pour un groupe d’adultes ou l’andragogie : quand l’enseignement des adultes diffère de celui des enfants
J’enseigne majoritairement la danse à des groupes d’adultes, mais voilà : les adultes n’apprennent pas comme les enfants et peuvent même avoir des freins supplémentaires (manque de confiance en soi, manque de coordination, difficultés vis-à-vis du corps et de la corporalité…).
Me renseigner sur l’andragogie m’a permis de mieux comprendre mon public et d’adapter mon enseignement de la danse, d’autant que cette transmission repose sur de nombreux échanges verbaux avec les participant·es.
L’andragogie (aka l’apprentissage des adultes) a été théorisée par l’éducateur Malcolm Knowles (1913-1997) dans un livre intitulé The Adult Learner : A Neglected Species (1984) . Il a identifié 6 axes majeurs qui différencient l’apprentissage des adultes : le besoin de savoir, la conscience de soi, le rôle de l’expérience, l’engagement à apprendre, l’orientation à apprendre et la motivation.
- Le besoin de savoir : Les adultes viennent combler un manque de connaissances sur des notions précises pour lesquelles ils se sentent en déficit.
- La conscience de soi : Les adultes n’acceptent pas qu’on leur impose un point de vue ou une direction.
- Le rôle de l’expérience : Les adultes ont besoin de s’appuyer sur leur expérience et de ramener leur formation à ce qu’ils savent déjà.
- L’engagement à apprendre : Les adultes doivent visualiser les retombées concrètes de leur apprentissage. Elles doivent représenter un défi, mais ne doivent pas être inatteignables.
- Modalité d’apprentissage : Les adultes préfèrent l’apprentissage par expérimentation.
- La motivation intrinsèque : Les adultes préfèrent des retours objectifs sur leurs compétences, plutôt des récompenses externes, comme des notes, des diplômes ou de simples félicitations.
Les adultes peuvent avoir un rapport, parfois complexe, à la danse, qu’ils ont pu pratiquer enfant ou apprendre de leurs aîné·es. Certain·es peuvent même avoir développé un rapport plus ou moins traumatique à la danse (iels en ont été empêchés plus jeunes, par peur du ridicule, par crainte du contact corporel…).
Ainsi, choisir un intitulé de stage clair permet aux gens de se projeter sur leur besoin. De mon expérience, un stage Mieux tourner la valse fonctionnera mieux que Apprendre la valse car elle touchera à la fois les débutant·es et les personnes plus expérimentées qui, pourtant, rencontrent le même problème : faire fonctionner la rotation à la valse.
Restant dans l’exemple de la valse, il existe de nombreuses manières de la danser (Viennoise, Anglaise, musette…) et encore plus de manières de l’expliquer. Il vaut mieux donc parler de “son approche personnelle” de la danse que de “la bonne manière” de danser. Sinon, les gens sont très prompts à dire “ah ce n’est pas comme ça que j’ai appris” ou “on m’avait montré la bonne manière de faire, mais ce n’est pas comme ça que tu montres…”.
Par ailleurs, les danses sociales ont un côté parfois incertain : les pratiques évoluent dans le temps et en fonction des régions, et il n’est donc pas possible de transmettre d’obligations ou de certitudes “le bon/vrai pas”. Plusieurs transmetteurs utilisent alors des formulations plus ouvertes, telles que “là où j’en suis dans mon parcours, je transmets cette version du pas…”. Les transmetteur·rices ont tout intérêt à être honnêtes sur l’état de leurs connaissances.
L’un des premiers points dans la transmission de la danse est donc d’adapter son discours et sa progression à un public adulte :
- Centrer sur la pratique et l’expérimentation
- Très factuel
- Inclure des retours personnalisés si possible
- Permettre l’échange entre les pairs et l’expression de leur propre expérience
Il faut également limiter la durée des discours afin de passer rapidement à la pratique. Les gens sont là pour danser, et sont impatients d’expérimenter plutôt qu’écouter un discours théorique.
Le public adulte voit tout, entend tout, et va confronter l’enseignement à son vécu ou à ses craintes, ne laissant passer aucun abus de langage.
Il faut donc être très attentif·ve à son vocabulaire. Ainsi, par exemple, je vais dire “déverrouillez les genoux” plutôt que “pliez les genoux”, ou “donnez une impulsion à votre partenaire” plutôt que “poussez votre partenaire”, etc.
Porter l’attention à la communication non verbale
L’animation d’un groupe en mouvement nécessite d’avoir travaillé sa posture personnelle et son attitude en tant que transmetteur·trice. L’idée est d’avoir une posture dynamique et ouverte, qui va crédibiliser son discours et renforcer son statut. Par exemple, en s’équipant d’un micro casque afin que tout le monde puisse entendre au milieu des discussions, ou trouver une technique d’appel au silence.
Par ailleurs, si les stagiaires peuvent percevoir et interpréter l’attitude du formateur·trice, il est possible pour l’enseignant·e d’interpréter de même l’attitude globale des personnes du groupe. Si les gens s’assoient, c’est peut-être que le temps de parole est trop long ou que la fatigue du stage s’installe. De la même manière, certains gestes parasites peuvent indiquer que ton temps de parole est trop long : personnes qui regardent leur montre, qui passent d’un pied à l’autre, croisement de bras, qui discutent…
Faire passer ses valeurs à travers son enseignement
En tant que transmettrice, j’ai beaucoup réfléchi à la manière d’amener les gens à une pratique que je trouve plus éthique et inclusive de la danse.
“Une société inclusive est une société sans privilèges, sans exclusivités ni exclusions. Sans hiérarchisation.” – La société inclusive, parlons-en !, Charles Gardou, Anthropologue, Professeur émérite à l’Université Lumière Lyon 2
S’agissant d’une pratique sociale et culturelle, collective et intergénérationnelle, l’inclusion comprend les personnes valides, les personnes en situation de handicap, les minorités de genre, etc.
L’inclusivité d’un atelier de danse n’est pas naturelle. Il doit être réfléchi dans ses différents aspects.
Par exemple, pour qu’un stage de danse soit accessible aux personnes en situation de handicap, il est salutaire de ménager des temps de pause ou des explications où les gens peuvent s’asseoir. Dans cette optique, je laisse les personnes s’échauffer de manière guidée (si elles le souhaitent) mais libre, j’organise les temps assis ou je donne l’autorisation aux gens d’aller s’asseoir quand iels en ressentent le besoin.
Concernant les valeurs à faire passer, je commence par analyser et séparer ce qui, pour moi, est indispensable de ce qui est souhaitable.
- Ce qui est indispensable : le consentement dans la danse (à toutes les étapes, et pas juste lors de l’invitation à la danse), le respect de son corps et celui de ses partenaires (verbalisation des inconforts, bonne posture, empathie…), le choix du libre rôle de danse indépendamment du genre de la personne.
- Ce qui est souhaitable (ce que je vais inciter, mais pas obliger) : l’apprentissage des deux rôles de danse.
Le cours de danse peut également être un espace d’entraînement à un certain nombre de pratiques, comme le refus d’une invitation dans la bienveillance.
Les rôles de danse non genrés
Dans le cadre d’une démarche inclusive, de plus en plus de transmetteurs·trices remettent en question la norme genrée dans l’attribution des rôles de danse.
En danses de couple, la norme reste à la composition de couples de danse hétéronormés, avec une attribution des rôles genrés (à l’exception des soirées spécifiquement queer ou dégenrées). En bref : l’homme guide, la femme suit.
Dans certaines danses traditionnelles, certains enseignent parfois une différence entre les pas des hommes (plus amples) et les pas des femmes (plus modestes).
Dans les films de collectages, hommes et femmes participent aux mêmes danses (rondeaux, danses de Bretagne) et partagent le même élan postural. Les femmes le font vivre avec autant d’intensité, mais moins d’amplitude, quelquefois en laissant aux hommes le soin de lancer les élans puis en entrant dedans ensuite, par ricochet. Cette différence s’estompe actuellement. Aujourd’hui, les femmes dansent même les danses qui étaient autrefois réservées aux hommes (par exemple, les sauts basco-béarnais) et choisissent en toute autonomie la gestion de leur danse. Nous n’insisterons pas sur cet aspect, laissé au libre choix du transmetteur d’aujourd’hui. – L’engagement corporel dans les danses traditionnelles de France métropolitaine. Une approche par l’analyse fonctionnelle du corps dans le mouvement dansé (2006), Catherine Augé (Professeur de danse classique et formatrice en notation du mouvement Conté) & Yvonne Paire (Danseuse contemporaine)
Dans leur rapport de 2006, missionné par le ministère de la culture, elles apportent un regard singulier sur le rapport au corps des danseur·ses de danses traditionnelles, et parfois aux différences d’interprétation entre les hommes et les femmes, et de l’évolution de ces pratiques.
De nombreux transmetteurs·trices souhaitent sortir de ces biais genrés. Ce n’est pas parce qu’historiquement, une différence s’est installée entre les hommes et les femmes en matière de danse, qu’elle doit perdurer dans la société d’aujourd’hui. Cette démarche, de désolidariser le rôle de danse du genre de la personne, est déjà une réalité sur les parquets, où l’on trouve un volume certain de femmes double-rôles, et un nombre grandissant d’hommes souhaitant sortir de leur rôle “obligatoire” de guideur.
La démarche des transmetteurs·trices en ce sens s’accompagne souvent d’une démarche plus large de promotion du consentement, de lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS), la queerphobie et la transphobie.
Il ne s’agit pas uniquement d’inviter les gens à sortir de leur pratique genrée (qui reste un choix personnel tout à fait acceptable), mais à minima d’améliorer la tolérance, l’ouverture d’esprit et d’éviter les automatismes. Cette démarche incite à la fois à revoir le vocabulaire (tu fais l’homme / la femme) mais également les dynamiques sociales lors de l’invitation, l’apprentissage de la danse ou lors du bal.
L’adaptation du vocabulaire
La première étape pour “dégenrer” son enseignement est de modifier son vocabulaire. Les termes classiques les hommes (aka les personnes qui guident), les femmes (aka les personnes qui suivent) sont excluant pour toutes les personnes souhaitant sortir de l’attribution genrée des rôles.
Mais par quoi faut-il les remplacer ? Les termes utilisables pour dégenrer le vocabulaire ou la meilleure manière d’organiser des cours dégenrés ne font pas consensus, et c’est toujours un terrain d’expérimentation pour les transmetteur·rices.
Dans les danses swing (lindy hop, rockn’roll…), on utilise plus volontiers les termes anglais leader et follower qui ont l’avantage d’être neutres. On entend aussi personne qui guide / personne qui suit, guideur / suiveur, meneur / interprète, meneur / mené.
Au-delà des considérations de vocabulaire, inciter les personnes à apprendre les deux rôles ouvre d’autres questionnements : faut-il apprendre un rôle, puis apprendre l’autre ? Ou apprendre les deux rôles en même temps quitte à se mélanger sur les pieds de départ ?
Ces notions ont été abordées par un groupe de transmetteurs en 2020, lors d’un atelier-discussion “Parlons danse : Comment dégenrer les danses de couple ?”.
L’objectif est certes compliqué à atteindre, mais augmenter la proportion de double rôles / ambidancers dans les bals a plusieurs avantages :
- La fin des quotas / listes d’attentes de certains événements / cours
- Une meilleure inclusion des minorités sexuelles et de genre
Transmettre par l’exemple
La démonstration par l’exemple est l’un des moyens les plus efficaces de transmettre, non seulement le mouvement, mais également le comportement social. Ainsi, demander le consentement des personnes qui vont participer à la démonstration, montre l’exemple aux autres pratiquant·es.
De la même manière, si on désire que les gens apprennent les deux rôles, il est indispensable de les maîtriser tous deux (et ce n’est pas toujours le cas). Si j’en crois mon observation personnelle, faire une démonstration d’une femme qui guide un homme a beaucoup plus d’impact sur les élèves masculins.
Lors de mes derniers stages, j’ai proposé aux élèves de commencer la session en se plaçant sur un axe allant de 100 % personne qui guide à 100 % de personnes qui suivent, et les double-rôles au milieu. Cet exercice permet de visualiser le nombre de personnes maîtrisant plus ou moins les deux rôles. Cet exercice s’est révélé très efficace pour mettre en valeur les personnes double rôles.
Pour amener les élèves à l’autonomie dans la bienveillance, il me semble important de :
- Axer sa pédagogie sur la valorisation des bons comportements plutôt que de pointer les mauvais
- Se focaliser sur la prise de parole en cas d’inconfort, mais également sur la prise de conscience et d’empathie des personnes
- Utiliser un vocabulaire non genré ou épicène, notamment dans l’attribution des rôles de danse
- Inciter par l’exemple
- Autoriser les personnes à réaliser leur propre échauffement, pour les accompagner vers l’autonomie, et inclure les personnes en situation de handicap qui peuvent avoir des limitations dans certains mouvements
- Porter attention au langage non verbal
L’apprentissage des codes sociaux du bal : invitation, consentement et rapport à la danse
Le cours étant le préalable à la pratique en bal, c’est l’occasion d’y apprendre et d’y pratiquer les différents codes sociaux. Christophe Appril, sociologue de la danse, décrit les communautés de danses comme composées de différents rituels d’appartenance.
On y apprend par exemple les codes d’invitation, les règles de circulation et de sécurité.
A titre d’exemples : le tango argentin dispose d’un système d’invitation par le regard nommé le cabeceo et la mirada, qui remplace l’invitation directe, jugée grossière. Au bal folk, l’invitation verbale est privilégiée et, si on manque de partenaires, on peut lever le nombre de doigts correspondants au nombre de danseurs recherchés.
Dans les rituels genrés encore très répandus, il y a l’idée que l’homme doit être à l’origine de l’invitation, ou qu’il est malpoli de refuser une danse.
Certaines pratiques sont spécifiques aux cours de danse. Par exemple, pour les changements de partenaires lors des stages, il est d’usage dans de nombreux cours de procéder en rueda (couples placés en ronde, les partenaires évoluent d’un couple à l’autre dans le cercle).
C’est une facilité de gestion du cours et un gain de temps dans le changement de partenaires, mais cela a plusieurs désavantages :
- Cela oblige à danser avec tou·tes les partenaires, même celleux qu’on voudrait éviter
- Cela enlève la notion d’invitation, et donc de consentement
- Cela maintient les gens dans leur rôle de danse et les empêche d’expérimenter le changement de rôle au cours du stage
- Certains couples qui souhaitent rester ensemble sont contraints de changer de partenaire
L’organisation d’un cours d’une manière ou d’une autre est le choix de l’enseignant·e, qu’iel souhaite se conformer ou non aux usages de sa communauté. Pour ma part, j’incite les élèves à changer de partenaire s’iels le souhaitent et d’inviter une nouvelle personne, mais je ne donne pas d’indication spécifique sur l’organisation sociale du groupe.
De la nécessité d’une approche transversale entre transmetteurs
Aujourd’hui, il manque plusieurs choses pour renforcer l’enseignement des danses sociales :
- une approche entre pairs : les transmetteur·rices se rencontrent peu afin de confronter leurs pratiques et se donner des retours d’expérience
- une approche transversale : toutes les communautés de danse, du tango au rock, en passant par la salsa et les bals traditionnels, n’en sont pas au même point, mais rencontrent les mêmes situations
Il manque au groupe des transmetteurs et transmettrices une approche transversalité et des ressources sur la pédagogie (et l’andragogie) qui leur permettraient d’être plus efficaces dans leur démarche dégenrée et inclusive.
Dans cette optique, j’ai organisé une rencontre à Paris, le 7 novembre 2025, afin d’échanger entre danseur.euses de différentes danses, sur des thématiques telles que l’inclusion, les danses dégenrées ou les formes de mobilisation féministes en bal.
Note d’Ed For Good : une deuxième rencontre a eu lieu le 30 janvier 2026.

Article rédigé par Claire FAVILLIER – danseuse et transmettrice de la danse
En plus de danser et de proposer des ateliers, Claire alimente un blog depuis 2016, creactiviste.fr, qui veut décrypter les pratiques de danses sociales. Fervente militante pour une danse dégenrée, le coguidage et la participation active des suiveurs dans la danse, elle s’y interroge sur les pratiques de danse.
Article publié le 22/01/2026
Relu et corrigé par Ségolène Trapletti – Ingénieure pédagogique, Charlotte Guillot – Ingénieure pédagogique et Diana Portela – Consultante pédagogique | Conceptrice digital learning | Formatrice.
Témoignages
Ed For Good est allé à la rencontre de danseurs et danseuses, pour certain·es enseignant·es de danse.
Guillaume Lefeuvre, professeur de rock 4 temps
Ce qu’on retient du vocal :
- Enseigner la danse, c’est aussi enseigner des valeurs
- Parallèle entre la danse et la sexualité
- Acceptation : de son corps, danser avec tout le monde, choisir son/ses rôles
- Consentement, respect mutuel et communication : proposer, être à l’écoute, répondre à la proposition, faire attention au corps de l’autre
- Pas de discrimination liée au genre en particulier
- Les seules limites sont physiques
Karin Oubahman, danseuse
Karin pratique depuis plusieurs années les danses de couple latines et brésiliennes. Elle a également co-animé plusieurs ateliers de forró.
Ce qu’on retient du vocal :
- Evolution des rôles genrés dans la danse depuis les années 2010 : plus de choix possible
- Il y a des différences selon les danses
- L’enseignement des codes sociaux dépend, selon elle, d’abord du ou de la professeur·e, avec une influence de leur genre
Ségolène Trapletti, membre de l’équipe Ed For Good
Ségolène était présente lors du premier atelier rencontre de Claire à Paris en novembre 2025. Ce témoignage est un compte-rendu de cette immersion.
Ce qu’on retient du vocal :
- Ateliers en sous-groupes et mise en commun, partage d’expériences
- Sujet du jour : formes de mobilisation féministe dans la danse à travers la prévention et la gestion des situations d’agression
- Publics nombreux et variés, concernés par la danse au sens large
- Apprentissage de la danse = celui du consentement, développement d’une conscience corporelle
- Nécessité du soutien du collectif
- Préoccupations plus ou moins marquées selon les milieux de danse
Aller plus loin
- Creactiviste
- Oya Community
- Centre national de la danse – Diplôme d’État de professeur de danse
- La Croix – Danse : les députés valident la généralisation du diplôme d’État, les professionnels inquiets
- Pédagocscope – Andragogie vs pédagogie
- Andragogie et pédagogie, de Pédago Lab (podcast)
- Communication non verbale : Elodie Laye Mielczareck
- La communication non verbale : la posture et la gestuelle – DinaEm Coaching
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